dimanche 20 mars 2011

Un grand voyage


Il y a de ces livres dont on sait, dès les premières pages, qu'ils nous happeront. Pour moi, Aminata fait partie de ce genre de livre que l'on peine à refermer chaque fois, que l'on voudrait lire d'une traite tant c'est bon, bien écrit et sensible.
Aminata est une jeune africaine, pas encore une femme, qui est enlevée, puis traînée sur un bateau négrier. Elle survivra à une traversée irréelle, insupportable. Elle deviendra esclave, subira les pires humiliations, mais demeurera habitée de ce désir : retrouver sa terre natale. L'endroit où elle est née, où elle a été élevée par un père et une mère aimants. Elle se cramponnera à leur souvenir pour survivre :
« Chaque jour, je pensais à mes parents et les imaginais en train de me dire d'approfondir mes connaissances et d'utiliser mes talents. Mon corps appartenait à Robinson Appleby. C'était pour lui que je peinais dans la puanteur de la pâte d'indigo sous le soleil de plomb, dévorée par les moustiques. Mais c'était pour mon père que j'apprenais tout ce que Mamed savait sur la préparation de la pâte d'indigo et c'était pour ma mère que je devins l'assistante régulière de Georgia pour les accouchements dans les îles des basses terres. »

Je pourrais citer plusieurs passages magnifiques, lors desquels elle raconte ses voyages aux États-Unis, en Nouvelle-Écosse, en Afrique et à Londres. Une vie incroyable. Dure aussi.
Aminata est bien écrit, et bien traduit, ce qui mérite d'être souligné. Le texte coule, le texte émeut, nous prend à la gorge. Une telle force dans le récit, dans l'écriture ! Et puis, il y a le travail de l'auteur là-dedans sur la vie des esclaves qui est énorme. Et réussi : Aminata est bien campée, attachante, et profondément, profondément humaine.
Un livre inoubliable, que je suis presque triste d'avoir déjà fini. C'est un grand voyage que ce livre.
Achetez-le, lisez-le. Offrez-le en cadeau. Assurément, vous ne raterez pas votre coup.

samedi 15 janvier 2011

Recrue !

La recrue de janvier 2011 : Perrine Leblanc, qui a publié l'automne dernier L'Homme blanc aux éditions du Quartanier. Rendez-vous sur le site de la recrue pour lire les avis sur le livre et les chroniques de poésie, de livre étranger, de livre jeunesse... et les livres lus en repêchage. En plus, une nouveauté dans le webzine pour 2011 : un mot de la rédactrice en chef, très intéressant.
Le webzine devient complet et de plus en plus riche. Je vous invite à le découvrir, et à lire les livres que nous lisons... si les critiques vous en donnent envie. En ce qui concerne L'Homme blanc, vous serez convaincus. Donnez-nous en des nouvelles !

Bonne lecture !
www.larecrue.net

jeudi 30 décembre 2010

pour passer l'hiver...


profondeur sombre des forêts
avec ces sapins enchâlés de neige
ravins aux blanchâtres finitudes
et ces rivières gelées semblables
à de grands chemins pâles

montagnes transparentes au couchant
ma solitude habitée du paysage
ton souvenir en moi
les collines descendues au coeur

je me sens femme et vallée lointaine
et nuit à venir

(Marie Uguay, Signe et rumeur, 1976)

samedi 11 décembre 2010

Un petit mot sur La revanche de May

Le livre m'attirait car il me promettait une espèce de suspense relativement à un manuscrit... et que voulez-vous, j'aime les livres dans lesquels il est question d'un manuscrit secret, de gens qui le cherchent, un peu dans le style de L'Ombre du vent.

Une journaliste se voit remettre un manuscrit par un homme. Touchée par le récit de deux femmes qui se confondent, elle essaie de démêler ces histoires, de retrouver les femmes et les enfants impliqués. La recherche de la journaliste nous entraîne à travers plusieurs histoires - celles de femmes opprimées, celles d'enfants laissés à eux-mêmes, abandonnés, violentés.

On y croit, à ce récit enchâssé, on est emporté par la langue souple de Nassira Belloula, qui nous prend et nous entraîne là où elle le veut bien, à travers la blanche Alger - pas si blanche, finalement.

Alors je l'ai eue, mon histoire de manuscrit perdu, mais j'ai eu bien plus. Les histoires de ces femmes me rapellent l'importance d'écrire pour transmettre, ne pas oublier, et surtout, pour vivre et survivre.
La revanche de May, éditions de la Pleine lune, 2010, 216 pages.

lundi 29 novembre 2010

L'éternelle chanson (ou Pour bien commencer la semaine)

Voici un extrait de L'éternelle chanson, poème d'amour de Rosemonde Gérard, une poétesse française de la fin des années 1800, début 1900, mariée à Edmond Rostand (l'auteur de Cyrano de Bergerac). Cette femme a écrit des poèmes d'amour dont celui-ci que je reproduis partiellement plus bas, et dont une phrase, Plus qu'hier, moins que demain, est devenue populaire, symbole d'amour éternel, et a été reproduite sur une tonne de médaillons depuis le début des années 1900 pour les amoureux éperdus.
Alors, en l'honneur de Louis-Gilles et Françine, qui ont fêté leurs 40 ans de mariage en fin de semaine, lisons donc cet extrait de poème écrit par une jeune femme de 18 ans que l'on imagine aisément complètement amoureuse de monsieur Rostand (qui lui écrira sur l'amour aussi... ), laissons-nous emporter, rien qu'un peu :

Lorsque tu sera vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le vent nouveau mettra nos coeurs en fête,
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,
Et je te sourirai en branlant la tête,
Et nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous nous regarderons, assis sousnotre treille,
Avec de petits yeux attendris et brillants,
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

[...]

Et comme chaque jour je t'aime davantage,
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain,
Qu'importeronta lors les rides du visage ?
Mon amour se fera plus grave - et serein.
Songe que tous les jours des souvenirs s'entassent,
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces communs souvenis toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent d'autres liens.
C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge,
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
Car vois-tu chaque jour je t'aime davantage,
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain.

mercredi 17 novembre 2010

Petit voyage en bus avec des livres...

Je ne parlerai pas de l'autobus de ville, dans lequel on est «pognés», mais celui, plus précisément en fait, de Montréal à Rimouski, que j'ai pris le week-end dernier. À force de lire du Gabrielle Roy, j'en étais venue à rêver de prendre le bus comme elle prenait le train, de regarder les paysages, de m'en nourrir, de me sentir toute pleine de cette mer (ou le fleuve) que je verrais, et les rives, les plages, les montagnes, etc.
Et c'est ce qui est arrivé.
Non seulement ai-je été éblouie du paysage qui défilait sous mes yeux, vraiment, mais en plus, j'ai eu le temps de lire plein de livres. Deux de Gabrielle Roy justement (quand on est concept, on est concept), Ces enfants de ma vie et De quoi t'ennuies-tu Evelyne ?, et L'homme blanc de Perrine Leblanc.
Trois bons livres dont je dois avouer que j'ai préféré L'homme blanc (mais j'en reparlerai plus tard, de ce livre), même si je suis depuis peu une fan finie de madame Roy (en particulier La route d'Altamont et La détresse et l'enchantement).
Je suis tout de suite tombée amoureuse avec Gabrielle de ces grands espaces qu'il fait bon visiter, de temps en temps, en train, ou en autobus, relâché, parfois somnolent, puis revenant à notre lecture, notre musique, notre tranquille déplacement. J'en avais des envies de pastiche de Gabrielle Roy, j'avais envie de décrire le fleuve et les montagnes comme elle écrit la plaine, l'horizon, comme vivants, et tout ce qu'ils peuvent générer chez le fin observateur.
Au retour, j'ai écouté de la musique et lu Maleficium, de Martine Desjardins. J'ai adoré ! Est-ce que le ronronnement de l'autobus m'a fait tant de bien ? Je le crois oui, aidé des livres qui m'ont accompagnée Montréal-Rimouski, Rimouski-Montréal.
Ces voyages ne sont jamais, me semble-t-il, sans un voyage intérieur. Mais peut-être me suis-je emportée un peu, un peu trop... je l'ignore. Quoi qu'il en soit, n'avons-nous pas parfois besoin de rouler ainsi, et de s'abreuver d'espace, de temps, pour lire, réfléchir, laisser toutes sortes de personnages nous habiter comme il se doit ?
Prochaine destination : Salon du livre de Montréal ; de l'espace, oui, mais une autre sorte d'espace, rempli de livres, encore et encore, et de lecteurs qui, je l'espère, passerons par le stand du Noroît et de la Pleine lune, mes chouchous !

vendredi 15 octobre 2010

La Recrue du mois est un Webzine !

La Recrue du mois, pour souligner sa 4e année d'existence, change de style. En effet, de blogue, elle passe à Webzine. Chaque 15 du mois, une recrue, des repêchages, des chroniques, des nouvelles, des entrevues... en plus d'un nouveau site, plus beau, sobre et clair que le premier !
Je suis bien contente de cette évolution. Visitez le site : www.larecrue.net et promenez-vous ! Ce mois-ci, la recrue est Jean-François Caron, avec son roman Nos échoueries, à la Peuplade.
Une belle lecture d'automne, un univers qui m'a plu, plein de poésie (le romancier est aussi poète), ce qui n'est pas pour me déplaire.
Enfin, la mission de la Recrue demeure la même : donner de la visibilité aux nouvelles recrues dans le monde du livre... qui en ont, ces temps-ci, bien besoin ! Voyez d'ailleurs mon commentaire du livre Un roman grec, de Lucie Ledoux, un premier livre que l'on n'oublie pas. Alors, qu'attendez-vous : www.larecrue.net