Voilà un temps irrégulier
en trajectoires d'or et de rose
indispensable à ma rêverie accoutumée
un temps inégal et baroque
avec de grandes bouffées
proches de la pluie
lors des nuits édentées de juillet
Marie Uguay, L'Outre-vie.
dimanche 8 novembre 2009
vendredi 6 novembre 2009
L'île blanche

J'ai envie de parler d'un recueil de poèmes en prose qui m'a beaucoup touchée, publié cette année. Fragments de Sifnos, de Claire Rochon.
Sifnos est une île en Grèce. C'est là que la narratrice des poèmes se trouve, dans la «splendeur de Sifnos», sa blancheur, sa belle lumière et ses couleurs, pour vivre un deuil, parler à la mer, à la mort, à la personne disparue.
Je parcours les sentiers en périphérie de l'île, les yeux braqués sur la mer comme une main s'appuie contre le monde pour éviter la chute entière du coeur.
La lumière de Sifnos, l'éclat de la mer, le silence des flots et de l'île, l'atmosphère de calme qui s'en dégage crée une espèce de spiritualité, qui permet de faire le deuil, difficile. C'est un chemin cahoteux vers la consolation. Sifnos, un baume.
Le poème, également, est baume. Avec le poème, peut-être peut-on parler de plus près à cette personne qui nous manque :
dans tout poème perdure la nostalgie de rejoindre l'autre, l'urgence d'être dans l'émotion de l'autre. La certitude de cette destination.
À travers le poème, la narratrice parle, une dernière fois, à cette personne. À travers l'île aussi, qui symbolise le corps de l'autre, un corps « porté par l'infini, bordé par les quatre vents et par le frémissement du regard sur l'horizon ».
Claire Rochon nous donne envie de « croire à la lumière », malgré la mort, la douleur dans le corps, malgré la « nuit qui [...] arrive en pleine gueule ».
C'est par petits morceaux, par fragments donc, que la lumière est possible, que la consolation peut arriver. Par le poème en prose et ces bouts de mots qui apaisent.
Comme une bouteille lancée à la mer, qui elle écoute, accompagne, veille, sur laquelle le jour, quand il brille, permet tous les espoirs.
Un recueil superbe, plein de chaleur et de beauté. Sifnos, île enchanteresse, se présente comme un sanctuaire au sein duquel on a envie de se reposer, de vivre. Un recueil dur, parfois, sur la mort, le deuil. Les photos, à l'intérieur, prises par Spring Hurlbut, sont magnifiques et si troublantes. Elles donnent à voir encore plus cet émiettement de Sifnos, de l'amour perdu, ces restes qui nous habitent pour toujours.
Fragments de Sifnos, Claire Rochon, Éditions du Noroît, Montréal, 2009.
Finaliste au prix Christine-Dumitriu-van-Saanen du Salon du livre de Toronto.
vendredi 23 octobre 2009
La recrue !
Belle découverte : le site http://www.larecrue.net/, qui présente chaque mois une première oeuvre publiée, et son auteur. Tout au long du mois, des articles sont affichés, des liens sont donnés pour créer un dossier diversifié, riche, donner l'envie de lire le jeune auteur dont il est question.
Quelle idée intéressante! Un site à visiter chaque mois, plusieurs fois au courant du mois, pour être mis à jour sur des romans à découvrir. Une façon de parler de ces ouvrages de fiction d'auteurs qui ne sont généralement pas connus et donc, ne bénéficient pas d'autant de publicité et d'attention que les auteurs connus, nous le savons bien... Plus souvent qu'autrement, nous retrouvons des articles sur les mêmes livres dans les journaux et les revues. Un peu de nouveauté, enfin, on donne une place importante aux «jeunes» auteurs.
C'est ce que l'on trouve sur le site larecrue.net, des articles et commentaires sur un récent premier ouvrage de fiction.
C'est un rendez-vous : dès maintenant, vous pourrez apercevoir ma face de recrue du mois, et mon livre, L'Immense abandon des plages, comme choix de la rédaction !
Quelle idée intéressante! Un site à visiter chaque mois, plusieurs fois au courant du mois, pour être mis à jour sur des romans à découvrir. Une façon de parler de ces ouvrages de fiction d'auteurs qui ne sont généralement pas connus et donc, ne bénéficient pas d'autant de publicité et d'attention que les auteurs connus, nous le savons bien... Plus souvent qu'autrement, nous retrouvons des articles sur les mêmes livres dans les journaux et les revues. Un peu de nouveauté, enfin, on donne une place importante aux «jeunes» auteurs.
C'est ce que l'on trouve sur le site larecrue.net, des articles et commentaires sur un récent premier ouvrage de fiction.
C'est un rendez-vous : dès maintenant, vous pourrez apercevoir ma face de recrue du mois, et mon livre, L'Immense abandon des plages, comme choix de la rédaction !
jeudi 15 octobre 2009
Primeur
Je viens de terminer les premières pages de Paradis, clef en main, le fameux livre de Nelly Arcan qui paraîtra sous peu.
C'est troublant, comme on s'y attendait... bien écrit, comme lâché d'un souffle. Toute cette douleur! Et l'importance du corps. Déjà dans ces quelques pages je reconnais son univers.
Le premier chapitre est donc disponible sur le site de Coups de tête, l'éditeur. Une initiative intéressante, que de pouvoir télécharger un extrait et lire un peu, pour se faire une idée.
Mon idée : je lirai définitivement la suite de Paradis, clef en main, même si c'est dur, même si je penserai à son suicide à elle, l'auteure - comment ne pas le faire ? j'ai envie de le lire parce que c'est bien écrit, parce que le texte me pousse à aller plus loin.
Allez-y : www.coupsdetete.com
Il est possible de télécharger des extaits d'autres livres de la maison.
C'est troublant, comme on s'y attendait... bien écrit, comme lâché d'un souffle. Toute cette douleur! Et l'importance du corps. Déjà dans ces quelques pages je reconnais son univers.
Le premier chapitre est donc disponible sur le site de Coups de tête, l'éditeur. Une initiative intéressante, que de pouvoir télécharger un extrait et lire un peu, pour se faire une idée.
Mon idée : je lirai définitivement la suite de Paradis, clef en main, même si c'est dur, même si je penserai à son suicide à elle, l'auteure - comment ne pas le faire ? j'ai envie de le lire parce que c'est bien écrit, parce que le texte me pousse à aller plus loin.
Allez-y : www.coupsdetete.com
Il est possible de télécharger des extaits d'autres livres de la maison.
mercredi 14 octobre 2009
Des prix...
Aujourd'hui ont été affichés les finalistes aux différents prix du Gouverneur général.
Évidemment, j'ai été heureuse de constater que la traduction de la Veuve, que j'ai encensée, est finaliste. Et, s'il n'en tenait qu'à moi - bien que je n'aie pas lu les autres.... je suis sans nuances dans ce cas précis ! - gagnante.
Alors voici mes prédictions pour les PGG!
Roman : Du bon usage des étoiles, quoi que j'ai un faible pour Discours sur la tombe de l'idiot, de Julie Mazzieri, qui était excellent, surprenant, rafraîchissant, troublant.
Poésie : Mon nom (je crois que j'ai un parti pris...)
Traduction : La veuve
Pour ce qui est des autres catégories... je ne m'y risque pas, ne connaissant pas assez les ouvrages, les auteurs, etc. ... il y a des limites à être sans nuance.
Pour tous les finalistes, visitez le site du Conseil des Arts du Canada : http://www.canadacouncil.ca/prix/plgg/
Évidemment, j'ai été heureuse de constater que la traduction de la Veuve, que j'ai encensée, est finaliste. Et, s'il n'en tenait qu'à moi - bien que je n'aie pas lu les autres.... je suis sans nuances dans ce cas précis ! - gagnante.
Alors voici mes prédictions pour les PGG!
Roman : Du bon usage des étoiles, quoi que j'ai un faible pour Discours sur la tombe de l'idiot, de Julie Mazzieri, qui était excellent, surprenant, rafraîchissant, troublant.
Poésie : Mon nom (je crois que j'ai un parti pris...)
Traduction : La veuve
Pour ce qui est des autres catégories... je ne m'y risque pas, ne connaissant pas assez les ouvrages, les auteurs, etc. ... il y a des limites à être sans nuance.
Pour tous les finalistes, visitez le site du Conseil des Arts du Canada : http://www.canadacouncil.ca/prix/plgg/
mardi 6 octobre 2009
Vive les vents...
Je voudrais éclabousser mes jambes de tous les vents
ceux écaillés de l'été
rêches avec des céréales tressées
ceux de l'automne pleins de transparence et de veines vives
où s'élancent des rayons en déclin
ceux de l'hiver pareils à des pointes de métal
à des dents splendides
et parfois tortueux sous de longs manteaux chevrotants
et doux
et ceux du printemps qui ont si peu d'espace
qui sortent des fontes et de la boue avec le nez sucré
et vont se perdre indéfiniment
dans le sable et le ciel accumulés des rues
Marie Uguay, L'Outre-vie
ceux écaillés de l'été
rêches avec des céréales tressées
ceux de l'automne pleins de transparence et de veines vives
où s'élancent des rayons en déclin
ceux de l'hiver pareils à des pointes de métal
à des dents splendides
et parfois tortueux sous de longs manteaux chevrotants
et doux
et ceux du printemps qui ont si peu d'espace
qui sortent des fontes et de la boue avec le nez sucré
et vont se perdre indéfiniment
dans le sable et le ciel accumulés des rues
Marie Uguay, L'Outre-vie
vendredi 2 octobre 2009
The Outlander

J'ai décidé d'écrire à propos de La veuve et ce, même si je n'ai pas terminé la lecture de ce beau livre que j'ai littéralement adopté.
Il y a longtemps que je n'avais lu ainsi : je dévore, plutôt, j'y pense tout le temps, elle m'habite, cette veuve bien campée, cette «outlander» (c'est le titre de la version originale) à laquelle je me suis attachée.
Je l'ai suivie alors qu'elle quittait son mari, mort, et qu'elle courait, ses grandes jupes volant derrière elle, d'étranges voiles noirs de deuil, déjà. J'étais là, me semble-t-il, dans la forêt, dans les montagnes, lorsqu'elle a rencontré tous ces personnages intéressants, marginaux... lorsqu'elle avait faim, froid, lorsqu'elle avait des hallucinations...
C'est très bien traduit, c'est poétique, c'est prenant... cela stimule l'imagination.
Voilà, j'avais envie d'en parler brièvement : dès que j'ai vu la critique dans le Devoir, j'ai été attirée. Et je le suis encore, après quelques 300 pages lues avidement.
J'aime cet univers un peu western, un peu «19e siècle dans les bois»... et cette femme particulière, sensible, crédible, qu'est Mary Boulton.
Alors, lisez-le !
Moi, j'y retourne (je vais tout de même tenter d'écrire, mais, trop prise par l'univers des forêts canadiennes, des mineurs, du Coureur des crêtes, et de cette écriture fluide, incarnée, douce et vraie, je crois bien que ça ne fonctionnera pas !).
Il y a longtemps que je n'avais lu ainsi : je dévore, plutôt, j'y pense tout le temps, elle m'habite, cette veuve bien campée, cette «outlander» (c'est le titre de la version originale) à laquelle je me suis attachée.
Je l'ai suivie alors qu'elle quittait son mari, mort, et qu'elle courait, ses grandes jupes volant derrière elle, d'étranges voiles noirs de deuil, déjà. J'étais là, me semble-t-il, dans la forêt, dans les montagnes, lorsqu'elle a rencontré tous ces personnages intéressants, marginaux... lorsqu'elle avait faim, froid, lorsqu'elle avait des hallucinations...
C'est très bien traduit, c'est poétique, c'est prenant... cela stimule l'imagination.
Voilà, j'avais envie d'en parler brièvement : dès que j'ai vu la critique dans le Devoir, j'ai été attirée. Et je le suis encore, après quelques 300 pages lues avidement.
J'aime cet univers un peu western, un peu «19e siècle dans les bois»... et cette femme particulière, sensible, crédible, qu'est Mary Boulton.
Alors, lisez-le !
Moi, j'y retourne (je vais tout de même tenter d'écrire, mais, trop prise par l'univers des forêts canadiennes, des mineurs, du Coureur des crêtes, et de cette écriture fluide, incarnée, douce et vraie, je crois bien que ça ne fonctionnera pas !).
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